| Courir libre en sandales minimalistes |
Depuis longtemps courir n'était plus qu'une histoire de contraintes, d’incompréhensions et de frustrations, et mes sorties une obligation de plus dans le quotidien.
J'avais chaussé mes premières baskets dans la vingtaine et pendant près de 25 ans j’ai enchaîné les blessures, les arrêts forcés puis les reprises prudentes et les re-blessures malgré tous les "bons choix" que je pensais faire.
J’ai acheté en tout une bonne dizaine de paires de baskets, toutes plus techniques les unes que les autres, je suis passé aux Altra, une marque qui propose un avant pied anatomique, au drop zéro, à l'amorti minimaliste ... tous ces gadgets censés aider ma foulée, limiter l'impact, éviter la blessure.
J’ai consulté de nombreux kinés, des podologues, fait faire des semelles. J’ai suivi des plans d'entrainement, lu de nombreux articles, études, recommandations ... j'ai couru au métronome pour passer à 180 pas par minute, fait des analyses de foulée avec des spécialistes, changé encore de modèle de baskets,
J'ai pris un coach pour cadrer mes volumes et l'intensité de mes sorties, puis un autre mais sans jamais sortir de ce cycle désolant.
Vraiment courir était devenu une obsession et une sensation persistante de contrainte et de lourdeur s'était installée.
Je sentais aussi une désagréable dissonance entre ce monde de la course à pieds dans lequel je m'étais fourré et dont je me sentais captive, et mes aspirations avec cette pratique qui devrait rester pour les amateurs un moment de liberté, d'évasion et peut être aussi de proximité avec la nature
Cette énorme pression marketing sur les coureurs amateurs m'avait mise dans une impasse et une logique de consommation permanente. Une paire de baskets ou de semelles différentes ? un nouveau programme d'entrainement ? un truc à ajouter ? et toujours des promesses d’amélioration non tenues.
| Minimalistes, elles passent partout ! |
A côté de cela portant des chaussures barefoot depuis plusieurs années, j'aspirais à changer d'univers dans ma pratique de la course à pieds mais j'étais retenue par la peur : courir sans baskets de course ou pieds nus, quel danger évident !! (c'est d'autant plus drôle dans ma bouche sachant que j'ai déjà eu à peu près toutes les blessures possibles y compris des fractures justement avec des baskets)
Le tournant s’est fait lors d’une soirée organisée par l’association Courir Paléo, un club de course minimaliste qui organise des ateliers et des sorties destinés à faire découvrir une autre vision de la course à pied : plus naturelle, plus respectueuse du corps et inspirée de nos mouvements ancestraux.
C’est grâce aux échanges que j'ai pu avoir lors de cette soirée que j’ai commencé à envisager la course autrement : non plus comme une technique fastidieuse nécessitant moult assistances et technologies, mais comme une capacité à redécouvrir.
MERCI à l'adorable Frédéric Foray coureur minimaliste, kiné et enseignant à la "Clinique du Coureur" et à l'incroyable Olivier Maria, coureur minimaliste habitué aux distances extrêmes pour leurs conseils
Je savais que les coureurs minimalistes couraient en petites sandales toute simples et j'avais déjà testé celles de la marque Zuzu, une marque super écolo qui produit les semelles de sandales en pneu usagés, mais côté confort au delà de la marche ça n'était pas possible. Et c’est là lors de la soirée "Courir Paléo" que j’ai découvert les sandales de course Panta. Une révélation !
Panta c'est une fabrication en Europe artisanale et engagée, un sourcing de matériaux réfléchi et super local, une sandale simple, durable (les coureurs minimalistes qui les utilisent comptent en milliers de km le temps d'usage), un univers très loin du marketing agressif des marques habituelles.
Mais surtout Panta rend au coureur son autonomie et la responsabilité de sa foulée
Ma transition guidée et progressive
Je ne me suis pas lancée à l'aveugle : j’ai échangé avec des coureurs minimalistes expérimentés et j’ai lu “Courir pieds nus” de Ken Bob , un livre qui m’a aidé à déconstruire beaucoup de croyances.
Le livre de Ken Bob est un guide vers une foulée plus naturelle, en comprenant le rôle du pied, l’élasticité du corps et en questionnant l’omniprésence de l’amorti et du contrôle. Car oui, passer au minimalisme, ce n’est pas juste changer de chaussures, c’est changer totalement d'univers. Réapprendre à courir, écouter son corps et lui faire confiance.
Ma transition a été progressive et attentive. J’ai accepté de ralentir, de faire beaucoup moins au début pour reconstruire autrement.
Mes débuts … euphoriques
Je suis un peu embêtée de devoir écrire quelque chose qui va sembler sans nuance mais la réalité c'est que dès ma première sortie en sandales minimalistes tout a changé : je me suis sentie libre, légère, rebondissante et joyeuse !
Mes premières sorties ont été presque euphoriques : foulée plus fluide, sensation du sol plus directe, vivante ...
Au début j'ai alterné course et marche, fait des sorties plus courtes mais plus fréquentes (quotidiennes ou 1 jour /2 ), j'ai aussi couru dans la neige en sandales + chaussettes à orteils, sous la pluie et dans la boue. La première fois que je suis revenue avec les pieds sales ça m'a fait bizarre mais maintenant c'est la même sensation de joie et de liberté que l'enfant qui saute dans les flaques.
| Ma première fois dans la boue |
Puis les séances se sont allongées petit à petit et sans douleur ni contrainte. Juste avec cette envie d’y retourner et tout est redevenu joyeux jusqu’à franchir un cap symbolique : mon premier dossard en sandales minimalistes à l’occasion du Soli Run du 22 mars dernier. Une étape importante à la fois personnelle et émotionnelle : j'ai vaincu mes peurs, vaincu mon conditionnement à l'hyper consommation qui pourrit le monde du sport amateur, été au bout d'une aspiration à faire avec moins
| Mon premier dossard en sandales minimalistes |
Courir autrement, enfin
Courir en minimaliste n’est pas seulement une pratique sportive différente, c'est un aboutissement. Il faut arrêter de penser qu’on a besoin de toujours plus de technologie pour courir, qu’on doit corriger, amortir, compenser ... un corps qui va bien peut courir : les humains l'ont toujours fait.
Après toutes ces années de frustrations, de blessures et de consommation inutile, je me sens juste bien : je cours joyeusement en sandales sans blessure et libre
J'ai les mollets plus musclés, des pieds renforcés… et même bronzés !
Et toi ?
As tu déjà envisagé de courir autrement ou peut-être déjà vécu une expérience similaire avec le minimalisme ?